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Carnival Symposium
Par Spiky.
Où l’histoire d’un misanthrope et le sens de la vie, création perpétuelle…
 


« Créer, c’est vivre deux fois » Albert Camus
 
C’était une fin d’après midi nuageuse. Comme tous les soirs, les lueurs orangées d’un soleil de plomb cachaient la beauté des noires fumées des mines de charbon. C’était technologiquement pour nous ce qu’était pour vous la révolution industrielle. Le cuivre, le charbon et la production intensive de machines ésotériques occupaient une place importante dans ce monde rationnel et parfait. Chaque chose avait sa place et son utilité, sauf lui.
 
Il sortait de son repère souterrain pour s’imprégner des noires fumées de la ville et écouter le bruit des rails et des marteaux claquer ardemment sur le cuivre et le fer. Assis là, dans l’ombre, il comptait le nombre de fois où les pendus, balancés par les vents, se touchaient entre eux, froidement.
 
Et c’est alors que je marchais pour regagner l’habitation n°713705 que j’entendis une voix grave et caustique qui respirait l’agressivité. Etait-ce vraiment de la haine ? Ou était-ce le fait de vivre dans des égouts exposés aux coulées de pluies acides et pollutions de toutes sortes ? Jamais je ne le sus. Cette voix fût précédée d’une respiration lente et douloureuse que je n’oublierais pas. Un mouvement de dégout d’une profondeur accablante qui, à l’heure où je vous parle, n’est probablement toujours pas terminé.
 
Et c’est alors qu’un portrait absolument dantesque se dressa devant moi : Une ombre gargantuesque semblait avoir possédé mon cœur. Elle se tenait devant moi. Contrastée par ces lueurs orangées, ces fumées noires, et ces corbeaux qui croassaient. J’étais paralysé, en même temps par la crainte et par le respect. C’est en levant les yeux que je voyais un jeune homme aigris aux cheveux longs qui surplombait la place. Ses mains gantées sur ses hanches et son drôle de tromblon dans son dos passaient inaperçus à coté de son intriguant haut de forme croisé avec ce qui semblait être une sorte de coucou suisse.
 
J’entendis cette voix qui me disait : « Il y a plus important à faire dans la vie, que vivre. »
 
Et avant même que je puisse répondre à son insolente affirmation, ma vue se troubla, et c’est alors que je tombais inconsciente que j’entendis à nouveau cette voix : « Exister … »
 
Il se faisait appeler Séide Le Chronophagiste, un curieux anagramme d’idées. Il vivait dans un repaire souterrain, dans les égouts. Curieusement, je ne sût jamais si c’était par conviction personnelle, parce que les égouts semblent purs à coté de l’humanité, ou par réelle nécessité de rester à l’écart de ce monde répugnant, la surface.
 
Je me réveillai dans une pièce délicatement décorée et raffinée, des rideaux de velours rouge d’une douceur décadente encadraient des miroirs qui remplaçaient habilement des fenêtres et permettaient tout de même d’y voir l’absurdité du genre humain. Si j’y respirais bien, c’était uniquement parce que j’acceptais de porter le masque à gaz qu’il m’avait judicieusement prêté.
Un énorme squelette métallique grinçant hantait également les lieus, on l’entendait très facilement aller et venir au rythme des grincements métalliques de son armature rouillée et désossée. Il portait le nom de Cog, et rejetait de suffocantes émanations de charbon. Un cœur artificiel et mécanique se laissait entrevoir au travers de son armature rouillée, et même si il était noir, il battait.
 
En dépit de sa cruauté, de son arrogance, et de son égoïsme qui semblait infini, Séide semblait être cultivé et intelligent. Je l’entendais chaque nuit réciter des poèmes et étudier de la philosophie avant de le voir, dans l’ombre, brandir le point afin de maudire les habitants de la surface. Une curieuse nuit, alors qu’il revenait de ce dédale de tunnels qui formaient un véritable labyrinthe et qui empêchaient toute évasion réfléchie, je le vis rapporter un gros sac qu’il avait peine à trimballer. Et je vis, lorsqu’il le posa à terre, nombre de pièces métalliques aux contours mal définis encore puantes récupérées ici et là.
Durant 21 jours, il n’ouvrit la bouche que pour vomir ou bailler…
 
Cog m’exposait le pourquoi du comment il avait été rejeté de la surface en dépit de ses bonnes volonté. Il polluait trop, mais son cœur, même noir, semblait pur. J’entendais la nuit, des coups de marteaux sur des pièces métalliques rouillées. Je vis les étincelles des découpes de métaux, et les vapeurs d’un monde abandonné. Tout au long je tentais de décoder d’étranges textes accrochés le long des murs, punaisés comme si ils s’agissaient d’œuvre d’arts trop insolentes pour les exposer.
 


Dans cette bâtisse isolée
Vit un curieux personnage
Et habité par de macabres idées
Est dévorée par sa passion chronophage
Et dans cette sinistre citadelle
Il cache en secret une terrible nouvelle
Dans son sous sol, il expérimente ses plans diaboliques
Et expie en silence son fardeau boulimique
Devant ces innommables machines,
C’est le destin du monde qu'il dessine
Mais n'est ce pas plus facile ?
Que d'expier sa souffrance insipide
Et dire que sa vie est tourmentée
Serait se priver du terme le plus adapté,
Pour qualifier, son esprit dérangé
Et cette insolente lucidité,
Mais qui a t'il de plus triste
Qu'une vie sans sanglots,
Mais qu'il a t'il de plus sinistre,
Qu'une passion sans fardeau.
Car si les terres calcinées sont aussi les plus fertiles...
Qu'en est-il de l'artiste accablé, et de son tourment imbécile ?
 



Avec le temps j’y voyais d’autres choses… et cela faisait des jours que je n’avais pas vu la surface.
 
A ce moment là, Séide se tenait à l’entrée de la pièce et pris la parole : « Il y a quelque chose de pire que de ne pas voir ce qui existe, c’est de voir des choses qui n’existent pas ».
 
Sa silhouette sortait progressivement de l’ombre, et à coté de lui se tenait une étrange machine, faite de métal rouillé et de pièces récupérées. Elle émettait un drôle de ronronnement sporadique. Une machine qui rappelait étrangement les usines de la zone industrielle, couverte de vannes cuivrées et de cheminées ésotériques. La trappe centrale s’ouvrit, et,  par tous mes engrenages ! J'y vis un nuage d'une fumée encore plus noir que le charbon s'en échapper très rapidement, suivit d'un grinçement des plus stridents... Un bras métallique en sorti fugitivement, et je finis par apercevoir Cog, qui du long de sa structure rouilléeresta silencieux.
 
Je pris le temps de me retourner, Séide me regarda fixement et ferma légèrement ses yeux, il me fit comprendre que je devais prendre une décision, monter dans cette machine infernale aux conceptions les plus douteuses où croupir dans ce labyrinthe à jamais, et y mourir.
 
Ma décision prise, le moteur émettait de courtes mais percutantes explosions, et nous partîmes arpenter les dédales puants qu’est cette poubelle de l’humanité, cette fosse humanitaire. Je me souviens plus particulièrement de ce vin céleste et doux comme les plus beaux printemps que nous dégustâmes dans les entrailles de cette machine dantesque et diabolique. Il était d’une volupté transcendante, et d’un goût sucré.
 
La surface ne me manquait décidément plus, les rares rayons de lumières qui traversaient les épais barreaux de fer m’aidaient à mieux voir la réalité. Les courants d’air dans les tunnels agitaient mes cheveux et camouflaient la puanteur à laquelle je m’étais habitué. Finalement, la beauté est là où on veut bien la voir, et je respirais les fumées de charbon à plein poumons. J’étais heureuse.
 
Séide cria afin de couvrir le vacarme produit par sa diabolique création : « Tout le monde à besoin d’un plan avec lequel démarrer, sinon, il fait parti du plan de quelqu’un d’autre ».
 
Séide avait effectivement un plan qu'il tenait secret depuis un certain nombre d'années. Tout comme le charbon l'est à sa manière, son plan était solide, sombre et froid.
 
Une petite pause, histoire de remettre du propane dans la bête (qui en était décidement friande) et d’entendre son vrombissement machiavélique. Ecouter un instant la plainte misanthropique de Séide. Et contempler Cog, ajustant et tripatouillant des réglages sur des cadrans plus ou moins douteux. Comment une machine pareille peut elle fonctionner correctement ? C’est impossible !
Cog se retournit et répondit de sa voix acerbe et mécanique, toujours pour couvrir les machineries du véhicule : « Pas si tu peux l’imaginer ! Tout est possible si tu peux l’imaginer ! »
 
Une quinzaine de jours plus tard, les égouts s’étaient propagés sur la surface (au sens propre, comme au sens le plus puant du terme d’ailleurs). Méritait-elle ce sort ? Les égouts étaient pourtant un endroit merveilleux à coté de l’humanité.
 
J’y avais trouvé le bonheur, n’est ce pas, au fond de nous le plus important ? C’est bien dans l’ombre que l’on voit le mieux la lumière.
 
Je vis une ombre lancinante sortir d'une epaisse fumée noire se rapprocher de moi. Afin de rompre du même coup, les liens censés me détacher de la vie, et cette idée, unique et admise par tous, que l'on se fait du mal.
 
La vie n’a d’intérêt que si l’on y crée quelque chose de plus grand que soi. N’a d’importance que le message, et pas le messager. Ici bas, le style ne compte plus, seulement importe la sincérité. Et tout comme pour les étoiles, c’est dans l’ombre que l’on voit le mieux la lumière. C’est dans l’obscurité que l’on y voit le mieux l’espoir et la vérité, et tandis que l’erreur fût et sera toujours le partage du très grand nombre, peu d’hommes agissent par leur volonté et pensent d’après eux-mêmes. Tous se conduisent par imitation, l’exemple est leur premier maître et l’habitude, leur raison ; ils regardent sans voir, entendent sans écouter, et ne suivent d’autre guide que la multitude qui les précède ou les environne. Quand tous marchent vers l’erreur, nul ne parait y marcher, il n’y a que celui qui sort de la foule et qui s’arrête qui aperçoive le mouvement insensé des autres. On l’a dit, mais c’est ici le lieu de le répéter : Voulez vous voir la vérité ? Tournez le dos à la multitude.
 

Le Mal n'est décidément qu'une question de point de vue....
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